Concours d’éloquence : Cyriane Ngandou Divouvi doit porter la voix du Gabon à Lomé et au Brésil
La 7ᵉ édition du concours national d’éloquence inter établissements, tenue le 5 juin 2025 à Libreville, a mis en lumière le talent, la détermination et l’engagement de la jeunesse gabonaise.
Sur 199 candidats, neuf finalistes se sont affrontés sur des thèmes cruciaux ,lutte contre le plastique, responsabilité des jeunes, démocratisation du développement durable , et c’est Cyriane Auréole Ngandou Divouvi, élève de terminale D au lycée d’application Nelson Mandela de l’Estuaire, qui a remporté le premier prix.

Sa victoire devait la conduire à représenter le Gabon à Lomé (Rencontres internationales d’éloquence et débats francophones, septembre 2025) et, avec une autre finaliste, Marie Sarah Oyane Ondo, à la Conférence mondiale des jeunes sur le climat au Brésil en novembre 2025. Or, aujourd’hui, l’annonce officielle dit qu’elle ne fera pas partie de la délégation brésilienne parce qu’elle ne serait « pas major ». Pourquoi maintenir des pratiques qui sabordent le mérite quand la Vᵉ République se veut porteuse de renouveau ?
Rappel des faits et importance symbolique
Le concours, organisé dans le cadre de la Semaine mondiale de l’environnement, a rassemblé 199 candidats et neuf finalistes, offrant une plateforme démocratique et nationale d’expression civique.
Cyriane a été choisie lauréate pour la qualité de son argumentation, sa maîtrise de la langue et son engagement en faveur du développement durable.
La participation à Lomé et à la COP Jeunesse au Brésil aurait été une reconnaissance internationale de cet engagement et une source d’inspiration pour d’autres jeunes.Pourquoi la décision d’exclure la lauréate parce qu’elle « n’est pas major » est contestable
Le principe du concours : reconnaître le mérite sur la base d’une performance évaluée par des jurys. Si Cyriane a remporté le premier prix, c’est qu’elle a convaincu les critères (pertinence du débat, qualité d’expression, force des arguments, engagement) : comment justifier ensuite l’annulation de sa récompense ?
Qu’est-ce que « major » dans ce contexte ? Souvent, la notion de « major » se réfère au classement scolaire général, mais le concours d’éloquence juge une performance ponctuelle, spécifique et publique. Fusionner ces deux critères revient à confondre évaluations différentes (compétences oratoires vs moyenne scolaire).
La cohérence institutionnelle : promettre une représentation internationale puis revenir sur cette promesse réduit la confiance des jeunes envers les structures organisatrices et le pouvoir public.Conséquences pratiques et symboliques de l’exclusion
Moral des jeunes : priver une lauréate de sa participation, après l’avoir célébrée publiquement, envoie un signal décourageant. Les jeunes pourraient se dire que la réussite ne mène pas forcément à la récompense annoncée.
Perte d’image internationale : le Gabon, en tant qu’État qui se veut moderne et respectueux du mérite, perd en crédibilité lorsque des arrangements internes compromettent l’émancipation des talents.
Désengagement civique : si les jeunes constatent que les règles sont arbitraires, ils risquent d’abandonner les espaces d’expression citoyenne ou de se détourner des concours et démarches participatives.Analyse des causes possibles — habitudes, logique de réseau, ou simple bureaucratie ?
Habitudes anciennes : l’argument évoquant les « vieilles habitudes » met en lumière un phénomène fréquent dans de nombreuses institutions : le maintien de pratiques clientélistes ou de « filtres » informels qui empêchent les plus méritants d’accéder à certaines opportunités.
Logique de réseau et pression institutionnelle : il est possible qu’on favorise des élèves « officiels » ou issus de certaines filières (par ex. les majors), en négligeant les critères du concours lui-même.
Rigidité administrative : parfois, des règles non anticipées (exigences d’âge, de statut scolaire, de notes) sont invoquées a posteriori pour justifier une annulation, révélant un manque de coordination entre organisateurs locaux et autorités en charge des déplacements officiels.Arguments en faveur du maintien de la représentation de Cyriane
Le principe du mérite et de la cohérence : si l’on souhaite encourager l’excellence et la confiance dans les institutions, respecter la décision du jury est indispensable.
Impact éducatif : envoyer la première lauréate contribue à valoriser le travail. Cyriane a déjà prouvé sa capacité à porter la parole du pays ; la récompenser renforce l’exemplarité.

Diplomatie jeunesse : la participation de la lauréate à des rencontres internationales offre au Gabon une voix authentique et légitime, portée par une jeune engagée sur des sujets qui concernent directement la jeunesse mondiale (climat, développement durable, lutte contre le plastique).
Égalité des chances : appliquer un double critère (score au concours + moyenne scolaire) crée une inégalité entre des élèves qui excellent dans des compétences différentes mais complémentaires.Contre-arguments possibles et réponses
Argument : il faut des critères académiques stricts pour représenter le pays. Réponse : représenter le Gabon lors d’un concours d’éloquence exige des compétences oratoires et un engagement sur les thèmes abordés ,qualités que Cyriane a démontrées ; exiger simultanément d’être major revient à détourner l’objet de la sélection.
Argument : problèmes de protocole ou de logistique. Réponse : ces problèmes doivent être anticipés et réglés avant les annonces officielles ; la communication et la transparence sont essentielles.
Argument : besoin d’homogénéité dans la délégation. Réponse : une délégation diverse, combinant meilleurs orateurs et meilleurs élèves, peut être un atout et non une faiblesse.Questions que pose cette affaire (pour aller plus loin)
Pourquoi les autorités ont-elles accepté au départ qu’une non-major participe à la représentation internationale si les critères académiques étaient incontournables ?
Qui a pris la décision finale d’exclure la lauréate et sur quelle base écrite ? Peut-on rendre publique la justification administrative ?
Quelles sont les règles officielles pour la composition des délégations à l’étranger pour des concours ou conférences jeunesse ? Sont-elles conformes aux pratiques modernes de gouvernance et de promotion du talent ?
Y a-t-il eu des recours internes possibles ? Un appel auprès du ministère organisateur, du comité du concours ou du coordinateur de la Voix des Jeunes aurait-il pu inverser la décision ?
Enfin, quel signal cette décision envoie-t-elle aux ménages gabonais qui investissent dans l’éducation et le développement personnel de leurs enfants Appel à la responsabilité politique et citoyenne
Aux organisateurs du concours : publier clairement les critères de sélection pour les représentations internationales et garantir la transparence des décisions ; instituer un recours accessible en cas de litige.
Aux autorités gouvernementales : veiller à ce que les promesses faites aux jeunes soient tenues et que les règles appliquées soient cohérentes avec les objectifs proclamés (encourager l’excellence, promouvoir la jeunesse).
À la société civile et aux médias : porter l’affaire à la connaissance publique, permettre un débat constructif et sans animosité sur la gouvernance des concours et la promotion des talents.
Message au Président de la République Brice Clotaire Oligui Nguema
Monsieur le Président de la République,
Nous nous adressons respectueusement à vous au nom de la jeunesse gabonaise et de tous ceux qui croient que le mérite doit primer. Cyriane Auréole Ngandou Divouvi a remporté le premier prix du concours national d’éloquence ; elle a mérité, par son talent et son engagement, d’être la porte-voix du Gabon à Lomé et au Brésil. Retirer à une jeune lauréate la possibilité d’accomplir ce voyage pour une raison bureaucratique ou arbitraire est non seulement injuste, mais dangereux pour la confiance des jeunes dans leurs institutions.
Nous vous demandons, Monsieur le Président, d’intervenir afin que la cohérence soit restaurée : que les engagements pris soient respectés et que les jeunes talents — surtout ceux qui travaillent assidûment et se distinguent — soient effectivement encouragés plutôt que sacrifiés. Votre mot d’ordre peut rétablir la justice et envoyer un message fort : au Gabon de la Vᵉ République, le mérite et l’effort sont récompensés. Permettez à Cyriane de voyager, de porter haut nos couleurs et d’inspirer d’autres jeunes à croire en leurs capacités et en l’avenir du pays.
Ce cas dépasse le simple litige administratif : il révèle un enjeu fondamental de gouvernance, d’équité et de construction d’une culture du mérite. Si la Vᵉ République se veut porteuse d’un renouveau, cela passe par la protection des résultats justes, la transparence des décisions et la valorisation des jeunes qui s’engagent pour le bien commun. Encourageons, soutenons et envoyons nos meilleurs représentants à l’étranger: c’est ainsi que naissent les ambassadeurs du futur Gabon émergent.
La finale de la 7ᵉ édition du concours national d’éloquence inter établissements s’est tenue le 5 juin 2025 à Libreville. Sur 199 candidats, neuf finalistes ont défendu des idées fortes. Cyriane Auréole Ngandou Divouvi, élève du lycée Nelson Mandela (Estuaire), a remporté le premier prix et devait représenter le Gabon à Lomé et au Brésil lors de rencontres francophones et climatiques de la jeunesse. Aujourd’hui, une décision administrative rétrograde menace de priver la lauréate de sa récompense, au motif contestable qu’elle ne serait « pas major ». Cette décision soulève des questions de mérite, d’équité et de cohérence avec les valeurs de la Vᵉ République.