L’Ère de l’Entrepreneuriat : Transformer la Saturation de la Fonction Publique en Moteur de Développement du Gabon

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L’annonce du gouvernement gabonais concernant la saturation de la fonction publique marque un tournant historique. Si elle sonne comme une porte qui se ferme pour des milliers de jeunes diplômés, elle doit être perçue comme un défi stratégique et un impératif de rupture. Le modèle d’État-employeur, héritage d’une économie rentière, a atteint ses limites. Pour éviter une fuite des cerveaux désastreuse et catalyser une nouvelle dynamique économique, le Gabon doit désormais s’engager résolument et de manière structurée dans la promotion de l’entrepreneuriat et le rapatriement des talents.

Constat et Diagnostic : Les Risques d’une Inertie Face à la Saturation
La fin des recrutements massifs dans l’administration n’est pas une fatalité, mais une urgence de repositionnement.

Le Piège de l’Exode des Compétences
La principale menace qui pèse sur le Gabon est la fuite des cerveaux et des capitaux. Si l’État ne propose pas d’alternative crédible et attrayante, les jeunes diplômés et les professionnels aguerris se tourneront inévitablement vers l’étranger (Canada, France, autres pays africains) où les opportunités d’emploi ou de création d’entreprise sont mieux structurées.

Question : Comment justifier d’investir des années et des fonds publics dans la formation de l’élite nationale si, au final, c’est l’économie d’autres nations qui bénéficie de leurs compétences ?
Constat : L’émigration des meilleurs éléments représente non seulement une perte en termes de capital humain, mais aussi un déficit d’innovation. Le pays risque de perdre sa capacité à se développer par lui-même, laissant le champ libre à des expertises étrangères souvent plus coûteuses.

La Faiblesse Structurelle de l’Écosystème Entrepreneurial
Le désir d’être son propre patron existe chez de nombreux Gabonais, mais l’environnement actuel est souvent hostile à l’épanouissement de l’entreprise privée, notamment des PME et TPE.

L’Accès au Financement : Les banques gabonaises, prudentes, exigent des garanties que les jeunes entrepreneurs ou les porteurs de projets innovants ne possèdent pas. Le crédit est cher et les dispositifs d’aide sont souvent complexes et peu transparents.
La Charge Administrative : La création et la gestion d’une entreprise au Gabon restent lourdes, longues et coûteuses, exposant les entrepreneurs à la bureaucratie et, potentiellement, à la corruption.
Manque de Compétences Spécifiques : De nombreux diplômés sont formés pour être fonctionnaires ou employés, mais manquent de la culture, des outils et des compétences spécifiques à la gestion d’entreprise (marketing, gestion des risques, recherche de marchés).

II. Propositions Concrètes au Gouvernement : Construire un Écosystème de l’Entrepreneuriat Compétitif
Pour transformer la contrainte de la saturation en opportunité, le gouvernement doit mettre en place une stratégie nationale de l’Entrepreneuriat et de l’Attractivité des Talents (SEAT), articulée autour de trois piliers.

Pilier

Accompagner l’Entrepreneuriat Local (Matériel et Financier
Le Gabon doit créer un environnement où les jeunes Gabonais se sentent soutenus dans leur ambition de devenir créateurs de richesse et d’emplois.Création d’un Fonds d’Amorçage National (FAN) Indépendant :
Proposition : Mettre en place un fonds public-privé dédié uniquement au financement des startups et des PME innovantes, géré par des experts (et non des politiques).
Modalités : Financement par prêts d’honneur (sans garantie personnelle) ou par prise de participation minoritaire (capital-risque) pour les projets à fort potentiel de création d’emplois, avec un focus sur les secteurs non-pétroliers (agriculture, transformation, services numériques, tourisme).

Mise en Place de Pépinières d’Entreprises Régionales
Proposition : Décentraliser l’appui à l’entrepreneuriat en créant des incubateurs et accélérateurs dans chaque capitale provinciale, offrant un espace de travail, un accompagnement juridique, comptable et marketing à des coûts symboliques. Cela contribue à l’aménagement du territoire.

Réforme Drastique du Climat des Affaires (Doing Business) :
Proposition : Réduire le coût et le délai de création d’entreprise à 72 heures maximum et simplifier radicalement le régime fiscal des TPE/PME durant leurs trois premières années d’existence (par exemple, un taux d’impôt réduit et une procédure de déclaration simplifiée).

Pilier

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La Rétention et le Rapatriement des Talents (Politiques d’Attractivité
Pour non seulement retenir les Gabonais qui ont des idées, mais aussi faire revenir ceux qui ont acquis de l’expérience et des capitaux à l’étranger, des politiques incitatives fortes sont nécessaires.

Programme « Gabon Talent Retour » :
Proposition : Établir un dispositif fiscal avantageux pour les Gabonais qui reviennent investir ou créer une entreprise au pays après une longue période à l’étranger. Cela pourrait inclure une exonération fiscale temporaire sur une partie de leurs revenus pendant 3 à 5 ans et l’importation de leurs équipements professionnels sans droits de douane.


Avantage : Ces diasporas reviennent avec des capitaux, des réseaux et des technologies qu’elles ont acquis à l’international, représentant un transfert de compétences inestimable.

Création de Zones Franches d’Innovation (ZFI) :
Proposition : Délimiter des zones géographiques (par exemple à Port-Gentil pour le secteur parapétrolier, ou autour de Libreville pour la Tech) où les entreprises bénéficient d’une réglementation simplifiée et de conditions fiscales préférentielles pour attirer des investissements et des diplômés spécialisés.

Pilier

Formation et Culture (Développement des Compétences
La formation doit évoluer pour préparer la jeunesse au marché de l’entrepreneuriat.

Intégrer l’Entrepreneuriat dans le Curriculum Scolaire :
Proposition : Rendre l’éducation à l’entrepreneuriat (gestion de projet, finance personnelle, éthique des affaires) obligatoire dès l’enseignement secondaire et dans tous les cursus universitaires.

Accorder des Chèques-Formation aux Diplômés :
Proposition : Offrir aux jeunes diplômés sans emploi un « chèque-formation » échangeable contre des modules de formation certifiants et pratiques (en ligne ou en présentiel) en gestion, digital marketing ou techniques de vente, afin de combler le fossé entre la théorie académique et les réalités du marché.

Analyse : L’Aménagement du Territoire comme Stratégie Anti-Exode
Le Gabon n’est pas « nombreux », mais il est immense. L’entrepreneuriat doit être décentralisé pour être un succès national.

Question : Comment convaincre un jeune ingénieur agricole de s’installer à Koula-Moutou ou à Makokou si toutes les infrastructures de soutien (banques, internet haut débit, marchés, pépinières) sont concentrées à Libreville ?


Analyse : Le gouvernement doit voir l’entrepreneuriat comme un outil d’aménagement du territoire. Les propositions de soutien financier et de formation doivent être rendues plus attractives en province qu’à Libreville, en offrant par exemple des taux de prêt encore plus bas ou des subventions plus importantes pour l’installation en zone rurale. C’est en créant des pôles de développement hors de la capitale que le Gabon pourra véritablement créer un tissu économique résilient et retenir ses talents.

Un Pacte Nouveau entre l’État et le Créateur de Richesse
Monsieur le Président de la République et membres du gouvernement, l’heure n’est plus aux lamentations sur la saturation de la fonction publique, mais à l’action audacieuse pour libérer le potentiel créatif de votre peuple.

Vous ne devez pas laisser tomber votre jeunesse. Chaque Gabonais ou Gabonaise qui a une idée, une qualification, ou la détermination de se lancer dans les affaires est une ressource nationale stratégique. Il faut les encourager non seulement par des discours, mais matériellement, financièrement et par des formations adaptées.

L’État doit passer du rôle de « pourvoyeur d’emplois » à celui de « facilitateur de richesse ». En créant un écosystème où l’entrepreneuriat est la voie la plus rapide vers la réussite professionnelle, vous garantirez que les cerveaux restent au Gabon et que les capitaux gabonais reviennent investir au pays. C’est en faisant confiance à l’intelligence et à l’esprit d’initiative de son peuple que le Gabon bâtira un édifice solide, diversifié et résistant pour les générations futures. Le moment d’agir est maintenant, avant que les meilleurs ne choisissent l’étranger.

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